vendredi 23 octobre 2015

Le psychodrame psychanalytique individuel : plaidoyer

Le psychodrame psychanalytique individuel : plaidoyer 



Notre expérience du psychodrame psychanalytique individuel se base sur notre expérience de meneur de jeu dans le psychodrame pour enfants et adolescents de l'hôpital Saint-Anne à Paris, au sein du VI ème secteur de guidance infantile.

Vous avez dit psychodrame ?


Le terme de psychodrame est aujourd’hui entré dans le langage courant. En témoigne l’expression devenue à la mode : « on est en plein psychodrame ». L’idée exprimée ici illustre une situation particulièrement difficile où les protagonistes ont le sentiment de vivre un « drame psychologique ». D’où une première appréhension légitime devant un terme qui, en réalité, décrit une technique psychothérapeutique précisément théorisée et reconnue pour son efficacité.

 Petit historique du Psychodrame.



La paternité du terme de psychodrame revient au médecin J.L. Moreno. Dans les années 1920-1930 Moreno expérimente un « théâtre de la spontanéité » où le patient était invité à mettre en scène ses problèmes pour les faire disparaître.

Dans les années 60 un groupe de psychanalystes français réinvestissent le psychodrame morénien pour le transformer en profondeur. Il ne s’agit plus tellement de se centrer sur la visée cathartique du psychodrame – ce qui est « lâché » sur scène –  mais plutôt sur ce que le jeu suppose et engage comme scène psychique privée à interpréter. L’action par le jeu n’est plus une fin en soi mais un moyen d’arriver à un travail psychique d’élaboration, de transformtion, des modes de fonctionnement de l’individu.


Ainsi le psychodrame psychanalytique individuel est devenu une nouvelle approche thérapeutique pensée pour des personnes pour lesquelles les dispositifs strictement verbaux ne conviennent pas. Il s’invente comme une adaptation du cadre analytique dont il garde les éléments clés, à savoir l’analyse du transfert, de l'inconscient, et le travail d'élaboration, de symbolisation ou de construction à partir de contenus psychiques bruts.



Notre pratique s’inscrit dans cette lignée.

Définition du psychodrame individuel


Le psychodrame emprunte au théâtre sa dimension ludique, au jeu de rôle sa spontanéité et à la psychanalyse sa profondeur. C’est une forme de psychothérapie qui par son utilisation du jeu d’improvisation, sa mise en mouvement du corps permet l’élucidation et le traitement de certaines problématiques difficilement accessibles autrement. Par sa mise en jeu d'une parole qui s'incarne, de l’imaginaire, du « faire semblant » et grace à la présence de plusieurs thérapeutes psychodramatistes, le psychodrame permet de se lier aux mots, de se représenter, d'ouvrir accès aux perceptions, sensations et associations qui jusque-là n’arrivaient pas se dire ou se ressentir.

Fragments cliniques


"Le Psychodrame c'est comme du théâtre alors?", Nicolas, 14 ans.

Si le psychodrame peut ressembler au théâtre le but poursuivi est fondamentalement différent. Il ne s'agit pas de bien jouer mais de mieux penser.
Tout d’abord le vocabulaire. Ici ni décor ni costume. Point d'acteurs mais des thérapeutes et un patient. Enfin il n'y a pas de public, le contenu des séances étant bien évidemment confidentiel.
Il ne s'agit pas de "créer" au sens artistique mais de relancer un processus créatif. D’ailleurs il n’y a pas de texte à interpréter mais une parole qui cherche à se dire. C’est souvent le contraste avec ce que l’on s’attendait à jouer et la scène effective qui fait l’intérêt de cette approche.

"Mais si on joue c'est pas vraiment sérieux", Alice 29 ans

Nul besoin d'être austère pour être sérieux. Lorsque l'on sait la quantité d'affects que le jeu psychodramatique engage il devient évident que les scènes jouées ont à voir avec la réalité du patient. Le jeu a donc toujours un enjeu où le personne se dit et se risque.

Pensé comme une médiation par le jeu, c'est-à-dire comme une technique amenée à produire un discours nouveaux sur les symptômes, le psychodrame conduit vers une "autre" réalité. Cette part "cachée" du sujet et qui pourtant ne cesse d'insister. Et c'est tout le sérieux de l'inconscient que de se révéler dans les détours du jeu et de la parole.

Les spécificités du psychodrame.


  Le jeu.

Au psychodrame le patient joue, parle, fait des gestes. Il est debout, aidé en cela par un groupe de thérapeutes.

Dans cet espace de jeu, le patient peut reconnaître chez les autres personnages les différentes facettes de sa personnalité. Il va pouvoir travailler dessus grâce au plaisir du jeu improvisé. Dans cette entreprise de transformation, il va être amené à s’apprivoiser peu à peu via un « effet miroir ».

  La dimension groupale du psychodrame.

Le groupe mobilise des processus psychiques et des dimensiosn de la subjectivité qui ne sont pas mobilisés de la même manière dans les thérapies individuelles. Au sein d’un cadre rassurant et fiable, le psychodrame travaille notamment sur les "prérequis" : pour ceux dont les problématiques exigent que soient d’abord rétablis les conditions d’un contenant psychique.

  La dimension diagnostic

Le patient est donc inviter à découvrir les ressorts de son fonctionnement mental. De plus nous avons constaté que cette technique avait une véritablement pertinence diagnostic dans la mesure où le patient est "en situation". Les psychodramatistes ont alors à leur disposition un matériel très riche en terme de structure psychique.


 Que joue-t-on en psychodrame?



On peut jouer aussi bien le présent comme le passé ou l’avenir. Le choix est très large.

Tout ce qui vient à l'esprit peut donc être joué au psychodrame; les co-thérapeutes pouvant jouer des animaux ou des objets. Cette totale liberté n'est pas confusionnante car elle va de pair avec la règle d'abstinence - "On ne se touche pas". Le but n'est pas de jouer au plus près un souvenir mais de créer les conditions de possibilité pour qu'un élément nouveau de l'histoire du sujet apparaisse. Et c'est souvent le décalage produit entre la scène imaginée et la scène jouée qui est plein de sens.

A qui s’adresse le psychodrame ?


Les indications de psychodrame sont nombreuses et se pensent toujours au cas par cas. Elles ne dépendent pas d'une pathologie précise mais se pensent plutôt en fonction de difficultés à se représenter, à symboliser, à rêver, à mettre en mots les vécus et les conflits internes, vécus de vide, de « blanc », de confusion, de sidération, des angoisses de n’avoir « rien à dire ».

Le psychodrame peut être proposé comme une alternative à une thérapie « classique ». Parfois il est mis en place en complément et en articulation avec une prise en charge individuelle; comme un nouveau souffle. 

Le psychodrame : aussi bien pour les enfants et adolescents que pour les adultes.


Le psychodrame se pratique de 7 à 77 ans...

Par exemple avec un enfant on joue d’avance la rentrée à l’école, la visite chez un dentiste, la naissance d’un petit frère, la séparation des parents, la mort de la grand-mère, etc.

Avec un adulte, un problème d’embauche, de conflits avec le supérieur hiérarchique, des questions d’argent, des conflits familiaux, les craintes…

Enfin le psychodrame est tout particulièrement indiqué pour les adolescents car les principales thématiques de cette période de transition ( l’agir, le groupe, le corps en mouvement ect...) sont inhérentes à son dispositif.

 Fragments Cliniques


  Maxime est un garçon de 11 ans dont l'indication de psychodrame a été posé eu égard à ses difficultés scolaires et à la pauvreté de son monde interne. Englué dans des affects dépressifs, Maxime n'arrive pas à esquisser un début de conflictualité psychique. De fait, il a du mal à investir la relation "en face à face" disant qu'il "n'a pas d'idées, pas de souvenirs" et qu’en plus « il ne sait pas jouer ».  
Lors de la première séance de psychodrame, nous jouons avec Maxime une   scène où un garçon interrogé par la maîtresse déclare ne pas avoir d'idée.
     
C'est sans conteste l'un des avantages du psychodrame. Etayé par les co- thérapeutes, Maxime terminera la scéance en disant au meneur de jeu : "qu'il  y avait en fait pleins de choses à dire" et qu'il s'était "senti moins seul". Plus tard dans le traitement, Maxime dira « qu’il ne demandait qu’à parler » mais « avait trop peur de ce qui pourrait se passer s’il avait des idées ».

  
Léo est un adolescent de 17 ans pour qui toutes relations aux autres s'avèrent compliqués. L'équipe du psychodrame sent rapidemment que c'est parce que Léo n'a pas "les mots" pour dire son malaise qu'il en vient à de violents passages à l'acte. Le travail s'oriente alors vers une entreprise d'étoffage de ses représentations psychiques. 

Peu à peu nous remarquons que l'adolescent commence à "trouver une autre voie". Maxime commence à percevoir que ses conduites invalidantes sont autant de manifestations défensives pour exister face à ses pairs.  

  A 32 ans Mathilde commence par nous dire qu'elle a "tout pour être heureuse" : une carrière brillante, un mari aimant et un bébé adorable. Pourtant elle est régulièrement sujette à des crises d'angoisses qui la paralyse et la conduise à des stratégies d'évitement.

Le travail de fond auquel amène le psychodrame lui permettra de se centrer sur ses troubles alimentaires. "sélectionner les aliments, contrôler ce que je mange est pour moi la seule façon de sentir que le cours de l'existence ne m'échappe pas" dira une co-thérapeute en position de double de la patiente.

Lors de l'analyse de cette scène, Mathilde nous confiera qu'elle n'avait jamais envisagé les choses sous cet angle et que cette parole lui ouvrait de nouvelles pistes...

Déroulement d’une séance


      Le psychodrame alterne des séquences qui se « jouent » et des moment d’échange avec le « meneur de jeu », qui est responsable de la séance, le garant du cadre et le seul à dialoguer avec le patient en dehors des scènes jouées. C’est lui qui rencontre le patient lors d’un entretien préalable et fait le lien avec les différents acteurs du parcours de soin. Il ne joue pas dans les scènes et décide de l'arrêt de celles-ci.
     
      Les "co-thérapeutes" au nombre de deux ou trois. Ils ont pour unique fonction de participer à la scène de psychodrame en jouant au plus près le conflit psychique du patient.
  
      La séance commence par un échange avec le meneur de jeu. Puis le patient est invité à proposer un scénario qu’il souhaite jouer ( un événement de sa vie, un souvenir, une idée…) Il se donne alors un rôle. Enfin il choisit parmi les co–thérapeuts à sa disposition ceux qui interviendrons dans la scène.
  
      Cette séquence est suivie par une élaboration avec le meneur de jeu.


Cadre de travail

       
   Une séance de psychodrame dure 25 minutes. Une mais le plus souvent plusieurs scènes sont jouées.
       
   Le groupe de psychodrame se compose d'un couple de psychodramatiste confirmé et de deux ou trois psychologues en formation.
       
    Chaque séance de psychodrame est suivi d'une reprise en équipe. Ce temps est essentiel car il permet aux thérapeutes d'analyser ce qui vient d'être joué afin de toujours être au plus près des problématiques du patient. 
       
  Des synthèses plus conséquentes et des groupes de réflexions théorico-cliniques sont organisés au cours de l'année. Trimestrielles, elles font le point sur l'avancée des prises en charge et nourrissent la réflexion.
       
     Enfin une supervision trimestrielle avec un superviseur extérieur est garant du cadre.


       

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